HISTOIRE ET FAITS
L’HISTOIRE DU JEU
JEUX
Comme le relève Erika Derendinger dans son article dénommé « jeu », ce comportement est une des manifestations les plus étonnantes de la nature humaine. Il consiste en une activité physique ou intellectuelle la plus souvent sociale et distincte de la vie "courante" et du travail (Loisirs). Les jeux obéissent généralement à des règles précises; plaisantes et divertissantes. Ils permettent le développement, tant cognitif que social.
Il est possible de distinguer plusieurs types de jeu. Certains concernent les mouvements corporels (attraper, courir, sauter, sautiller, faire de la gymnastique). D’autres se parent d’objets (hochets, jouets à tirer). Beaucoup de jeux concernent l’imitation ou les jeux de rôles (poupées, maisons de poupées, fermes, trains, déguisements, théâtre). Les jeux de construction et de créativité, les jeux de société et de groupes (cache-cache), les jeux de leurre (colin-maillard), les gages et devinettes, les jeux de hasard (dés, quilles, jeux de cartes et de plateaux) en sont d’autres représentants. Mais toute classification implique des recoupements, car la plupart des jeux appartiennent à plusieurs catégories, d'autant plus que le caractère d'un jeu peut évoluer au fil du temps: ainsi Wir kommen aus dem Mohrenland, sorte de jeu des métiers bien connu des enfants alémaniques, s'est transformé en un jeu de poursuite.
D’après Erika Derendinger, "Jeux", in Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), url: http://hls-dhs-dss.ch/textes/f/F16325.php , version du 04.12.2008
JEUX DE HASARD
Monsieur F. Kopp nous donne beaucoup d’information quant à l’origine du jeu de hasard dans son article intitulé « jeu de hasard ». Les jeux de chance se distinguent des autres jeux par le fait que le sort joue un rôle décisif dans le gain. Les hommes utilisèrent d'abord des os de pieds d'ongulés, qui présentaient l'avantage de retomber aléatoirement sur l'un des quatre côtés et de ne nécessiter aucune marque particulière puisque chaque face était aisément reconnaissable. Au le Moyen Age, les jeux de hasard furent souvent interdits ou limités dans le temps et l'espace en raison des dangers qu'ils représentaient (bagarres, endettement). Concernant les jeux de cartes, la part de chance et d'adresse est déterminée par des règles spécifiques. Les jeux les plus pratiqués sont le baccara, le sept et demi et le poker.
Avec l'apparition des loteries, les jeux de chance quittèrent la sphère privée pour le domaine public. Le Glückshafen ("port de la chance"), déjà évoqué en 1465 à Zurich, surtout dans les fêtes de tirs, semble en constituer le premier exemple dans la Confédération. Lors du tirage, on utilisait deux urnes: de l’une on tirait le nom du gagnant, de l'autre le prix correspondant (en espèces ou en nature). Des loteries existaient sous forme de "roue de la Fortune" (symbole des vicissitudes humaines) dans les foires annuelles et se sont maintenues jusqu'à nos jours.
La loterie à numéros serait apparue au XVIe s. dans la République de Gênes où l'on avait l'habitude de tirer au sort les cinq sièges du Sénat parmi nonante candidats. Cela donnait lieu à des paris. Les noms furent peu à peu remplacés par des chiffres: le jeu du "5 sur 90" était né. Plusieurs villes italiennes l'adoptèrent, puis progressivement l'ensemble de l'Europe. Les loteries connurent un fort engouement en Suisse dès le XVIIIe s. Considérées comme immorales à partir du milieu du XIXe, elles furent prohibées dans tous les cantons en 1915. La loi fédérale de 1923 sur les loteries et les paris professionnels leva cette interdiction pour les loteries "servant à des fins d'utilité publique ou de bienfaisance". Les lotos, très populaires notamment en Suisse romande, font partie de cette catégorie; ils permettent aux participants de gagner des lots en nature lorsqu'ils ont rempli leur carte avec des numéros tirés au hasard. Les sociétés locales qui les organisent utilisent les bénéfices pour alimenter leurs caisses. Durant la crise des années 1930, les loteries connurent un développement anarchique, ce qui a contraint les autorités à créer quatre sociétés détenant le monopole des grandes loteries: la Seva dans le canton de Berne en 1933, la Loterie romande et la Loterie intercantonale ILL (Tessin et Suisse alémanique, moins Berne) en 1937 et la Société du Sport-Toto à Bâle en 1938. En janvier 2003, Berne rejoignit l'ILL (actuellement Swisslos) et la Seva fut dissoute. En même temps, le Sport-Toto transmit ses activités opérationnelles et de marketing à Swisslos. La Loterie romande assume la responsabilité des points de vente en Suisse romande. Au début du XXIe s., le bénéfice annuel global atteignait environ 400 millions de francs, reversés à des œuvres d'utilité publique (290 millions), aux organisations sportives (85 millions) et aux cantons (25 millions). Pour améliorer la surveillance des loteries, un concordat intercantonal entré en vigueur en 2006 a été préféré à une révision de la loi fédérale.
La roulette, sous sa forme actuelle, aurait pris naissance en France au XIXe s. Ce jeu, qui se pratique dans les casinos, tire son nom de la petite bille qui roule et qui, lorsqu'elle s'immobilise, désigne le numéro gagnant. L'essor du tourisme au XIXe s. favorisa la création de maisons de jeu dans divers pays, dont la Suisse. Elles étaient exploitées dans les casinos ou les Kursaal des grandes stations thermales ou touristiques tel que Saxon, Montreux, Genève, Interlaken, Thoune, Lucerne ou encore Baden. La Constitution fédérale de 1874 les a interdit. Les salles existantes durent fermer leurs portes dans un délai de trois ans (fin 1877).
Un arrêté du Conseil fédéral de 1898 autorisa cependant l'exploitation selon de strictes conditions (p.ex. mises maximales de 5 francs). Tout au long du XXe s., les joueurs désireux de risquer davantage devaient se rendre dans des casinos limitrophes (Evian, Divonne, Campione d'Italia, Constance). L'interdiction des maisons de jeu fut levée en 1993. Sur la base de la loi ad hoc (LMJ) de 1998, le Conseil fédéral octroya une concession à vingt-deux casinos; en 2006, dix-neuf étaient en exploitation.
D’après Peter F. Kopp, "Jeux de hasard", in Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), url: http://hls-dhs-dss.ch/textes/f/F16562.php , version du 03.07.2007
JEUX DE CARTES
Toujours selon les écrits de F. Kopp, l'origine des jeux de cartes serait encore discutée. En Europe, la première mention se trouve dans le règlement bernois de 1367 qui aurait interdit le jeu. Décrits pour la première fois en 1377 par le dominicain Jean de Rheinfelden, ils ont été l'objet de multiples interdictions, mais celles-ci ne furent respectées, partiellement et temporairement, que dans certains cantons réformés avant de tomber en désuétude au XVIIIe s. Les plus anciennes règles connues remonteraient au XVe s.
Les tarots, apparus vers 1440 en Haute-Italie, sont attestés depuis 1572 en Suisse, où ils ont joui d'une grande popularité aux XVIIIe et XIXe s. Comme les autres anciens jeux de cartes, ils ont été supplantés par le yass et ne se sont encore joués que dans quelques régions (les Grisons, le Valais). Venu de Hollande, le yass (de jos, paysan) a été introduit dans notre pays par des soldats du service étranger; il est décrit pour la première fois en 1796 dans le village schaffhousois de Siblingen.
Au XIXe s., le yass devint le jeu de cartes le plus populaire en Suisse, avec plus de cinquante variantes (chibre, pandour, etc.). Il est actuellement répandu dans l'ensemble de la Suisse et dans toutes les couches de la population. On retient cependant que le Tessin lui préfère la tresette et la scopa. Contrairement au yass, qui donne lieu à des championnats suisses depuis 1969, les jeux de cartes internationalement connus, tels que le bridge et la canasta, ne font guère l'objet de tournois publics (si ce n’est le poker).
D’après Peter F. Kopp, "Jeux de cartes", in Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), url: http://hls-dhs-dss.ch/textes/f/F27460.php, version du 09.08.2007
LES FACTEURS DE RISQUE
N’est pas joueur excessif qui veut et n’est pas joueur ludique qui le souhaite. Le fait de jouer à l’excès serait dépendant de facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux (on parle aussi du triangle d’Olivenstein. Cette rubrique vise à mieux définir l’interaction et l’intégration de ces différents facteurs pour le joueur excessif.
LE FACTEUR BIOLOGIQUE
Le facteur biologique est directement relié à la modification de la transmission des informations entre les neurones. Aussi, la Dopamine (neurotransmetteur en charge, entre autres, de la sensation de plaisir) est de plus en plus présente dans le cerveau. Certains individus sont plus sensibles que d’autres à cette substance. De la sorte, le neurone modifie sa structure en augmentant la quantité de récepteurs de Dopamine. Il faut de plus en plus de Dopamine pour ressentir du plaisir. Il y a de plus en plus de récepteurs neuronaux. Si trop de récepteurs dopaminergiques restent transitoirement hors fonction, apparaît le phénomène physiologique de manque.
LE FACTEUR PSYCHOLOGIQUE
Les facteurs psychologiques influençant le consommateur vers une activité excessive de jeu sont complexe. Certains évoquent la nécessité d’échapper aux réalités de la vie quotidienne (deuil, divorce, tristesse, anxiété, ennui). D’autres signalent un besoin important d’éprouver de fortes sensations. Souvent, le système de croyance [lien dans le site vers le système de croyance du joueur] est altéré. Le joueur est persuadé que le hasard est contrôlable. Il est ainsi sûr de présenter une probabilité certaine quant au fait de décrocher un gain intéressant.
LE FACTEUR ENVIRONNEMENTAL
Les facteurs environnementaux sont responsables de l’exacerbation de la désirabilité ludique du joueur en souffrance. Aussi, une accessibilité augmentée au jeu, le fait de devoir rembourser des dettes [lien interne vers dettes] ou alors être proche d’autres joueurs compulsifs sont d’autant de clés factorielles renforçant le consommateur dans l’acte de jouer.
LE SYSTEME DE CROYANCE DU JOUEUR
Le mot « jeu » vient du latin jocus, et signifie « plaisanterie ». Il n’est donc pas inintéressant d’envisager le jeu de hasard comme un pied de nez que fait le destin au joueur persuadé qu’il a une ascendance particulière sur sa « bonne main ».
LE PRINCIPE DU HASARD
Le principe même de hasard signifie qu’il n’y a pas de dépendance d’un tour sur l’autre. S’il est vrai que le joueur aura une chance sur deux de trouver la bonne réponse au jeu « pile ou face », l’occurrence de 10 échecs consécutifs reste tout à fait plausible et cela tant pour le joueur chanceux que pour le consommateur maudit par les Dieux de la chance.
L’ESPERANCE DE GAIN
L’espérance de gain, c’est-à-dire la somme redistribuée en retour à l’utilisateur, est forcément négative. Le joueur doit absolument perdre de l’argent sur le moyen terme. C’est évident car le fournisseur du jeu doit aussi sortir son salaire et couvrir ses charges et cela grâce à vos pertes.
L’ILLUSION DE CONTROLE
L’illusion de contrôle est le phénomène même qui contraint le joueur à penser que le hasard peut être maîtrisé. Il pense qu’il peut se refaire, que la chance va tourner et qu’à partir de maintenant, il va bénéficier successivement de bons tirages. Certains ont des grigris, d’autres ne jouent que leurs numéros fétiches. Parfois certains joueurs tapotent sur les machines à sous ou analysent le jet du croupier pour découvrir par magie le numéro sortant. Malheureusement, rien ne permet de biaiser le hasard, en tout cas rien de légal.

Programme intercantonal de lutte contre la dépendance au jeu